Conférence de presse d'Eric de Labarre du 25 septembre

L’enseignement catholique s’affirme comme un service d’Eglise associé au service public d’éducation


Le 25 septembre, lors de sa première conférence de presse comme secrétaire général de l’Enseignement catholique, Eric de Labarre a précisé comment il voyait la relation de l’enseignement catholique et de l’Etat. Il a présenté les défis à relever, les orientations à mettre en œuvre et les prochains chantiers à aborder. Enfin, malgré une rentrée satisfaisante, il reprendra avec le ministère le dossier des emplois pour la rentrée 2008-2009.

D’entrée, Eric de Labarre a listé les cinq défis majeurs posés à l’enseignement catholique aujourd’hui :  
— se réorganiser au moment où l’Etat renforce son processus de déconcentration / décentralisation ;
— découvrir de nouvelles solutions originales après que l’enseignement public s’est approprié un certain nombre des savoir-faire de l’enseignement catholique ;
— inscrire ses initiatives, dans le respect de la loi Debré et dans un contexte d’une évolution démographique négative et de contraintes budgétaires lourdes ;
— rester vigilant pour que l’acte de formation reste un acte éducatif quand il est souvent un instrument d’adaptation de la main d’œuvre ;
— continuer d’être un service d’Eglise ouvert à tous, au nom même de l’Evangile alors que le processus de déchristianisation s’accélère.

Pour répondre aux défis, trois orientations à mettre en oeuvre

— préciser l’équilibre des relations entre l’enseignement catholique, l’Etat et la société.

Il est nécessaire, pour Eric de Labarre, de conforter les fondamentaux : avant tout être « un service d’Eglise associé au service public d’éducation ». Il s’agit de dépasser, a-t-il indiqué, « ce que certains prétendent être une contradiction ». Il a ainsi précisé que « le caractère propre n’est pas en contradiction avec l’ouverture à tous »et que « l’association avec l’Etat n’est pas en contradiction avec la liberté d’enseignement. ». Toutefois, il estime impératif de réactualiser le modèle contractuel de la loi Debré et « donner du contenu au contrat d’association ». Un groupe de travail regroupant des juristes du SGEC, des représentants des syndicats de chefs d'établissement, examinera « les obligations qui pèsent sur les établissements dans le cadre de  la loi de 59 », avec notamment l’objectif de rédiger un vade mecum pour les chefs d’établissement. Eric de Labarre a insisté pour que « tout ce que la loi exige soit scrupuleusement respecté », mais il a également affirmé que «  l’avenir de l’enseignement catholique, c’est aussi d’avoir la liberté de mener à bien son projet dans le respect des lois et des règlements ».

Pour cela, il a estimé qu’il convenait de « se départir d’une position défensive du caractère propre », rappelant que c’est le législateur et non l’enseignement catholique qui a créé cette notion de « caractère propre ». En conséquence, cela ne doit pas être un instrument défensif, mais une condition légale voulue par le législateur pour une signature de contrats entre l’Enseignement catholique et l’Etat. Citant également Paul Malartre, il a redit que « le caractère propre d’un établissement ne se mesure pas au nombre de catholiques qui le fréquentent,  mais qu’il est  catholique par son projet ». Il a rappelé que l’établissement catholique est ouvert à tous sans condition sociale ou de conviction politique ou religieuse, dans le respect de la liberté de conscience de chacun, étant entendu qu’une famille inscrivant son enfant dans l’enseignement catholique en accepte les orientations éducatives.

Enfin, pour qu’il y ait une vraie démarche contractuelle entre l’Etat et l’enseignement catholique, il faut qu’il y ait un équilibre des droits et devoirs des deux parties. Il souhaite ainsi que tous les établissements aient plus d’oxygène : c'est-à-dire qu’il y ait moins de circulaires, plus de responsabilités accordées aux équipes éducatives, plus de liberté d’organisation des établissements. Sans remettre en cause les lois Debré ou Rocard l’Enseignement catholique attend qu’on donne toutes ses chances aux dispositifs contenus dans ces lois.

— favoriser une meilleure organisation de l’enseignement catholique.

Jusqu’à présent, « l’enseignement catholique s’est toujours organisé dans l’urgence ou au hasard des événements », a déclaré Eric de Labarre. Ces ajustements ont été insuffisants en regard des problèmes qui se posaient. Pour le secrétaire général, il est important maintenant de renforcer le niveau régional de l’enseignement catholique en tenant compte de ses réalités. Il rappelle le contexte spécifique des établissements catholique : certains sont sous tutelle congréganiste dont la logique n’est pas territoriale mais nationale, les autres sont sous tutelle diocésaine, c'est-à-dire dépendant d’un évêque qui a des comptes à rendre à l’Eglise au plus haut niveau. Cette problématique est assez éloignée des impératifs de régionalisation.

C’est pourquoi, il estime nécessaire d’ouvrir une réflexion sur les tutelles pour qu’une régionalisation dans l’enseignement catholique puisse être acceptable par tous.

— distinguer les quatre types d’enseignement en lien avec la question religieuse

L’enseignement du fait religieux  doit être assuré comme dans le public. « Il n’y a pas matière à discussion, puisque c’est une obligation », a-t-il indiqué.

Concernant l’approche chrétienne de la culture, Eric de Labarre estime qu’il est du devoir de l’enseignement catholique transmettre un certain nombre de repères et signes culturels pour mieux comprendre le monde qui entoure le jeune.

Quant à l’éveil à la foi, ou première Annonce, c’est un devoir pour tous les établissements catholiques de le proposer. Celui-ci peut prendre diverses formes : du simple crucifix dans le hall de l’établissement à l’invitation à participer au baptême ou confirmation d’un autre élève.

Enfin, la formation catéchétique doit être réservée à ceux qui la choisissent, même si, en raison de la pluralité des publics, il peut y avoir une diversité des solutions. Toutefois, les établissements devraient s’adosser davantage aux diocèses, mouvements de jeunes, etc. « Un établissement ne peut pas tout faire », a-t-il conclu.

Une rentrée dans de bonnes conditions

Eric de Labarre s’est félicité de la rentrée 2007-2008 qui s’est déroulée dans de bonnes conditions. L’enseignement catholique bénéficie d’une hausse de + 6000 élèves. Presque toutes les académies sont concernées par cette augmentation d’effectifs, même si certaines ont des résultats plus significatifs que d’autres (l’Ile-de-France avec Paris, Créteil et Versailles, le Grand Ouest ou les Pays de la Loire). Tous les niveaux sont également concernés, à l’exception du pré-élementaire. L’enseignement agricole de son côté subit un tassement relatif des effectifs (- 500 élèves) après des années de progression continue.

Enfin, la désectorisation (en dehors de l’académie de Strasbourg) ne semble pas avoir eu d’effet sur les inscriptions dans l’enseignement catholique. Cela devrait permettre à l’Enseignement catholique de se défaire de la critique selon laquelle  « il n'est qu'un moyen pour les familles les mieux informées de contourner la carte scolaire. »

A une question sur les listes d'attente (qui estiment à 35 000 les élèves non accueillis), Éric de Labarre reconnaît que les chiffres restent approximatifs à l’heure actuelle, car il n’est pas encore possible pour l’enseignement catholique de repérer les éventuelles double ou triple demandes d'inscription des familles.

Deux chantiers d’importance dans un proche avenir : les postes et le forfait communal

Les postes

Bien que l’enseignement catholique comprenne les contraintes budgétaires lourdes de l’Etat et même s’il  prend en compte les indicateurs de performance du système éducatif français (moins d’élèves pour de moins bons résultats), celui-ci a depuis 15 ans optimisé tous ses moyens. Aussi ne pourrait-il pas faire face à un retrait d’emplois à la rentrée 2008. Ce dossier sera donc à reprendre avec le ministère.  Il lui sera entre autres demandé de tenir compte des spécificités de l’enseignement catholique, sachant que celui-ci coûte moins cher que le public, qu’il accueille davantage d’élèves que par le passé et que ses structures diffèrent de celles du public. A noter également que ses enseignants sont tous devant élèves et jamais en responsabilité administrative.

Bien sûr, l’enseignement catholique est conscient de ne pas supporter non plus les mêmes contraintes que le public : il scolarise moins d’élèves handicapés, il est moins implanté dans les zones difficiles, il accueille moins d’élèves boursiers. L’enseignement catholique n’a pas l’intention de  « faire repentance d’une situation héritée », et ce d’autant plus qu’il n’a jamais eu les moyens humains et matériels pour assurer ces missions. Il est prêt aujourd’hui à s’investir davantage, notamment dans les ZEP, si l’Etat met par exemple des locaux à sa disposition et lui accorde de nouveaux moyens. En effet, Eric de Labarre a assuré que l’enseignement catholique est prêt à répondre à la lettre de mission de Nicolas Sarkozy à Xavier Darcos et ne souhaite pas se dérober à la mise en œuvre d’une politique publique qui renforce l’égalité des chances à l’Ecole.  

Le forfait communal et la circulaire du 6 août 

Eric de Labarre s’est étonné des « déclarations de certains élus qui semblent découvrir l'existence du forfait communal, alors qu'il existe depuis le 31 décembre 1959 » Et cela même s’il comprend l’inquiétude de maires qui voient des enfants de leur commune scolarisés ailleurs dans le privé. Toutefois, l’exercice de la liberté fondamentale ne se négocie pas et ne peut pas être subordonné à des questions financières. L’enseignement catholique reprendra ce dossier avec mesure et modération pour une mise en œuvre progressive de l’article 89.